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jeudi 22 janvier 2015

Les pigments noirs dans le maquillage pour les yeux : quel danger ?

Bonjour à tous,


J'ai délaissé un peu le blog ce mois-ci. J'ai officiellement commencé ma thèse, ça prend du temps et de l'énergie, mine de rien.


Parlons toxicité. Un de mes sujets favoris concernant les cosmétiques.


L'autre jour, je me rendais compte que pour moi, les deux produits de maquillage dont je ne peux pas me passer si je décide de maquiller, c'est l'anti-cerne et le mascara (c'est ce que je porte aujourd'hui alors que j'étais en retard ce matin - comme 3 matins sur cinq où je dois me lever tôt ;).


N'empêche que ce sont des produits que j'utilise quasi-quotidiennement, en plus ils se trouvent dans la région des yeux, donc particulièrement sensible mais aussi où il y a des muqueuses - et donc potentiellement moins de protection que sur l'épithélium cutané = une pénétration plus facile, potentiellement un passage dans le sang etc...




J'ai donc sorti la formule de mon mascara (comme à mon habitude) et j'ai trouvé deux noms INCI auxquels je m'attendais un peu :


Le CI 77266 ou Black 2 et le CI 77499 (iron oxides)

Ce sont donc deux colorants, responsables de la couleur noire du produit. Comme tous les colorants présents dans les produits cosmétiques, ils sont inscrits sur la liste positive des colorants du règlement 1223/2009 et soumis à des critères de pureté (directive 95/45/CE)


Formule chimique oxyde de fer : FeO.Fe2O3
Formule chimique Black 2 (ou carbon black) : C (bah oui ce n'est que du carbone XD)


Les critères de pureté concernent le taux minimum requis de carbone et de fer, ainsi que les limites en concentrations de métaux lourds (As, Hg, Pb...)


Ce qui veut dire que le gouvernement s'est questionné à propos de leur innocuité : c'est déjà ça !


Parce qu'en effet se retrouver avec des métaux lourds dans les produits, ce n'est pas terrible ! Je vais d'ailleurs rajouter le sujet des métaux lourds à la liste des articles que je dois écrire... hum.


Mais là, je vais revenir à la problématique des nanomatériaux, puisqu'on en retrouve dans les oxydes de fer (bien qu'à ma grande surprise, ils sont absents du rapport de l'année 2013 des déclarations R-Nano) mais aussi dans le Carbon Black (ou CI 77266 ou Black 2).


Pour preuve, dans cette fameuse déclaration 2014, plus de 100 000 tonnes de Carbon Black ont été importées ou distribuées en France au cours de l'année 2013. Sachant que 23% des déclarations concernent les produits cosmétiques, ça fait beaucoup !


Je vais donc m'intéresser particulièrement à la toxicité du Carbon Black dans cet article, bien que j'en ai déjà parlé brièvement dans mon précédent post sur les nanomatériaux. Et avec un si gros tonnage et une forte présence de leur nom INCI sur les packagings, on sait bien que ce sont eux que l'on retrouve le plus dans nos produits de maquillage pour les yeux !



J'ai donc sorti l'opinion du SCCS, dont je vous avais déjà parlé, car c'est pour moi le moyen le plus rapide et le plus sûr pour connaître la toxicité des ingrédients cosmétiques !

Que dit le SCCS ?

Propriétés physico-chimiques

Le noir de carbone commercialisé contient généralement plus de 97% de carbone élémentaire. Il est produit par combustion partielle de bois ou par décomposition thermale. Moins d'1% des particules de noir de carbone  consiste en des matériaux organiques que l'on peut extraire, ils sont adsorbés à la surface du carbone : il s'agit typiquement des Hydrocarbones Polycycliques aromatiques (PAHs), des dérivés nitro des PAHs, et des PAHs contenant du soufre.

La taille des particules primaires est comprise entre 10 et 100 nm, la moyenne des agrégats/agglomérats se situe entre 100 et 800 nm. Les particules de Carbon Black "non nano" non pas d'intérêt en tant que pigments.

La concentration typique dans les préparations cosmétiques se situe entre 0.001 à 10%. Avec 0,001 % pour les soins de la peau, 5% pour les vernis à ongles et les mascaras et jusqu'à 10% pour les autres produits pour les yeux comme l'eye liner, les crayons et les fards à paupière.

Toxicité aiguë

La toxicité aiguë du Carbon Black a été mesurée sur les rats par voie orale. La dose non-léthale après une unique administration par voie orale sur les rats est supérieure à 10 000 mg/kg bw.

Conclusion : Pas de toxicité orale pour le Carbon Black d'après le SCCS

Irritation cutanée

L'irritation cutanée a été évaluée par application du Carbon Black sur des peaux de lapin intactes et abrasées, sous les conditions occlusives pendant 24 heures sans aucun signe cutané ni œdème ou érythème.

Irritation oculaire :

Le Carbon Black a été classé comme "légèrement irritant" après 30 minutes et 4 heures de contact avec de la cornée isolée de bovin, avec le test OCDE 437.

Sensibilisation :

Le Carbon Black a été testé dans le test LLNA (Local Lymph Node Assay) et n'a pas induit de réponse proliférative. Il est peu probable que les particules de Noir de Carbone pénètrent la peau pour atteindre le système immunitaire. Le potentiel allergisant n'a pas être déterminé pour les peaux endommagées. Le Carbon Black peut agir en tant qu'adjuvant après exposition en combinaison avec un allergène.

Absorption dermique :

Les données valables montrent qu'il n'y a pas de particules de Carbon Black (> 20 nm) absorbées à travers une peau intacte. Il n'y a pas d'information pour les particules dont le diamètre est inférieur à 20 nm.

Mutagénicité / génotoxicité :

Le Carbon Black induirait des effets génotoxiques sur l'organisme à travers des mécanismes primaires (modification de l'ADN) et secondaire (production d'Espèces Réactives de l'oxygène ayant elles-même un effet sur le génome).

Carcinogénicité :

Le Noir de Carbone induit des tumeurs sur les rats après inhalation. L'utilisation de Carbon Black sous forme de spray n'est pas recommandée d'après le SCCS. Il est classé comme étant "possiblement carcinogène pour les humains" (Groupe 2B) par l'IARC.

Toxicocinétique :

Une fois inhalées, les nanoparticules déposées dans les voies aériennes font le premier contact avec l'épithélium du poumon et se lient à ses protéines. Ce complexe nano-protéine lui permet de passer à travers la barrière alvéolo-capillaire et donc de s'accumuler dans d'autres organes (rate, foie et cerveau).

Cependant, le SCCS a conclu que la translocation du Noir de Carbone nano dans d'autres organes, après exposition dermique, est peu probable. Après administration orale, les particules peuvent être distribuées des intestins jusqu'au tissu lymphoïde.

Conclusion :

Le SCCS considère l'utilisation du Carbon Black, comme ne posant aucun risque ou effet indésirable sur l'homme, à condition que la peau soit saine et que les particule soient de diamètre supérieur à 20 nm. Le potentiel d'irritation occulaire de ces particules ne peut pas être exclu selon eux (mais aucune recommandation ni remarque n'a été effectuée sur ce point, malgré l'abondance de ces particules dans les produits pour le maquillage des yeux).


Ce que j'en pense :


J'ai beau apprécier le SCCS et tout le travail qu'il fournit, je trouve sa conclusion un peu hâtive. Certes, il accentue le fait que les données sont lacunaires concernant la pénétration percutanée du Noir de Carbone et que d'autres données doivent être fournies afin d'établir une analyse complète. Mais pourquoi ne pas parler du potentiel cancérigène de cet ingrédient ? On l'a pourtant bien vu : le Noir de Carbone peut avoir un effet délétère sur l'ADN, aussi bien via des mécanismes primaires (mutation directe de l'ADN qui peut s'avérée irréversible et donc entraîner l'apparition de cancers) que secondaires (elles peuvent entraîner la formation de radicaux libres qui vont à leur tour avoir un effet mutagène sur l'ADN).


Ils se justifient par le fait que ces particules ne pénètrent pas - a priori - la barrière cutanée sur une peau saine et intacte. Qu'en est-il des peaux lésées, atopiques, brûlées ? Une recommandation ne mériterait-elle pas d'exister sur les produits contenant ces particules ?


A mon niveau, je ne peux pas m'avancer sur le fait que le maquillage pour les yeux est dangereux, Mais j'aimerais seulement que les institutions gouvernementales arrêtent de se laisser influencer par les industriels et qu'elles donnent clairement leur opinion ! Une opinion sur laquelle le consommateur peut réellement se baser. A quoi bon faire un inventaire détaillé de toutes les études réalisées sur le Carbon Black si les conclusions finales sont ménagées et contrôlées ?


Dans notre monde actuel, il est de plus en plus difficile de trouver des produits ne présentant aucun risque, c'est un fait. La moindre des choses serait au moins d'en tenir informé le consommateur, qui met tout de même son argent dans les produits et qui fait la gloire des industriels !


J'avais vraiment besoin de m'exprimer là dessus, car malheureusement, il n'est pas question uniquement des pigments noirs, mais d'une quantité colossale d'ingrédients cosmétiques.


Certains se réfugient dans le fait que c'est la dose qui fait le poison. Quelle dose pensons-nous que notre organisme absorbe si nous nous maquillons tous les jours en plus des soins, savons, dentifrices, shampooings et j'en passe...


A bientôt,


Chloé

mercredi 26 novembre 2014

Les nanomatériaux partie II : Pourquoi sont-ils toxiques pour l’homme ?

D’après les statistiques, le sujet des nanomatériaux semble vous intéresser ! Je continue donc sur ma lancée avec un article plus en détail sur leur toxicité ! 

Je pense que vous l’avez compris à la lecture de mon précédent article, les propriétés physico-chimiques des nanomatériaux par rapport à leur analogue micrométrique entraînent des changements de comportement et de toxicité. 

La très petite taille des nanomatériaux est le point le plus important à considérer, car elle altère leur biodisponibilité (la surface de contact des molécules est augmentée). Les formes nano peuvent pénétrer la membrane plasmique des cellules plus facilement et accéder à des compartiments biologiques normalement inaccessibles (par le biais de la circulation sanguine, on peut les retrouver dans différents organes). 

Description simplifiée de la nanotoxicité sur les systèmes physiologiques 


Pour l’organisme, il s’établit un équilibre entre l’homéostasie et les dommages des tissus causés par certains nanomatériaux (Zhang et al. 2014). Cet équilibre est maintenu grâce aux propriétés antioxydantes et aux capacités de réparation des systèmes biologiques cibles. S’il y a une perte de capacité de l’organisme à rétablir un fonctionnement normal du système, des dommages fonctionnels apparaissent et le nanomatériau est considéré comme dangereux. 


La pénétration percutanée 


En raison de leur petite taille, l’une des premières interrogations des toxicologues a été le passage des nanomatériaux à travers la barrière cutanée après application topique. Un schéma simplifié montre la structure de la peau et trois voies transdermiques potentielles pour les nanomatériaux : intracellulaire, intercellulaire et par les follicules. Après être passées à travers la couche cornée, les nanomatériaux rejoindraient l’épiderme et le derme. A partir du derme, ils pourraient avoir accès à la circulation sanguine et rejoindre d’autres organes et avoir un effet indésirable. 

Les voies probables de pénétration des nanomatériaux à travers la barrière dermique

Il est probable que toute lésion de peau (peau brûlée par le soleil, atopique, psoriatique…) puisse favoriser l’absorption des nanomatériaux. Depuis que les tests sur les animaux sont interdits pour les produits cosmétiques, des modèles de ces types de peau sont en cours de développement et toujours indisponibles. Sur la base des données disponibles, il n’est pas possible de conclure à une absence d’un passage systémique des nanomatériaux après application cutanée (ICCR. 2013). 


La mutagénicité/génotoxicité 


Des effets génotoxiques de plusieurs nanomatériaux ont été mis en évidence in vitro (ZnO) et in vivo (TiO2) (ANSES. 2014). Cette génotoxicité peut être directe, via l’interaction des nanomatériaux avec l'ADN ou avec l'appareil mitotique, ou liée à la production de radicaux libres résultant ou non d'un processus inflammatoire. Toutefois, les études à faible dose et dans des conditions d’exposition proches de l’exposition humaine sont encore trop rarement accomplies et doivent être privilégiées. 

L’inhalation toxique 

Les études d’inhalation toxique sur les produits cosmétiques susceptibles de conduire à une exposition par inhalation (les sprays par exemple) doivent être effectuées. Le dépôt des nanomatériaux dans le système respiratoire dépend de leurs propriétés physico-chimiques. Les nanomatériaux solubles peuvent être dissous, métabolisés et transportés vers d’autres organes par le sang (ex : ZnO qui se solubilise en partie), alors que les nanomatériaux insolubles sont retenus par les voies aériennes et avalés par la toux. Des effets indésirables sont possibles dans le système respiratoire, des inflammations sont remarquées pour le TiO2 et le ZnO. 

D’après une étude de Zhang et al. (2014), les nanomatériaux inhalés sont transloqués à partir de l’épithélium du poumon jusqu’aux ganglions lymphatiques et la circulation sanguine. Les nanomatériaux circulant dans le sang s’accumulent dans des organes secondaires variés. 

Schéma de translocation des nanoparticules après inhalation

Ce schéma montre deux voies importantes dans la biodistribution des nanomatériaux à partir des poumons : la voie du drainage lymphatique à travers les ganglions lymphatiques et le nettoyage du sang par les reins. 

Voilà potentiellement les actions que peuvent avoir les nanomatériaux sur la santé. Ils ne sont donc pas à considérer à la légère, mais c’est aussi la raison pour laquelle ils sont très étudiés et de plus en plus réglementés. 

A suivre : En tant qu’industriel, que dois-je faire si des nanomatériaux sont présents dans mes produits cosmétiques ? 

Références : 
ANSES, « Évaluation des risques liés aux nanomatériaux : Enjeux et mise à jour des connaissances » (2014)
ICCR, « Safety Approches to Nanomaterials in Cosmetics » (2013) 
Zhang, Y., Bai, Y., Jia, J., Gao, N., « Perturbation of physiological systems by nanoparticles » Chem. Soc. Rev. 43 (2014) 3762—3809.

mercredi 19 novembre 2014

Parlons d'un sujet tabou : les nanomatériaux dans les produits cosmétiques

Mon mémoire de fin de Master portait sur un sujet d'actualité qui me tient fortement à cœur et qui me passionne : les nanomatériaux dans les produits cosmétiques (toxicité et réglementation principalement).

Je pense que quiconque travaille dans le milieu a déjà été confronté à la problématique des nanos. Car ils sont très présents dans les crèmes solaires en tant que filtres UV, dans les dentifrices (oxyde de zinc et dioxyde de titane) et dans le maquillage en tant que pigments principalement (carbon black, oxyde de fer).

En France, environ 92 000 tonnes de nanomatériaux produits et importés par an sont destinés aux produits cosmétiques (donnée issue du rapport suite au dispositif R-Nano). Avec une telle présence, il est naturel de se demander s'ils sont bien inoffensifs pour l'homme - d'où l'origine du débat.



Tout d'abord, qu'est-ce que qu'un nanomatériau ?


Les nanomatériaux sont des particules, fibres, sphères, etc., de composition variée qui possèdent au moins une dimension inférieure à 100 nm. Leur taille réduite et leur grande surface spécifique leur confèrent des propriétés différentes des mêmes molécules à l’échelle micro ou macro.


TiO2 nano en formulation, sous forme d'agrégats (Image prise au MET)



Quid de la réglementation ?


En Europe, l’utilisation des nanomatériaux en cosmétique est couverte par le Règlement des produits cosmétiques (CE) n°1223/2009.
La partie sur les nanos est plutôt aboutie, en comparaison aux réglementations d’autres secteurs (pharmaceutique, alimentaire, technologies…) qui sont quasi-inexistantes. Nous pouvons déjà nous estimer heureux !
Ce règlement donne la définition d’un nanomatériau, un dispositif pour la notification (sur un portail électronique – article à suivre), l’étiquetage (mettre nano entre crochets devant le nom INCI) et l’évaluation de la sécurité des produits cosmétiques contenant des nanomatériaux.


Que reproche-t-on à ces particules ?


Ces particules sont si petites qu’elles peuvent aisément traverser la barrière cutanée (par voie intra, intercellulaire ou via les follicules pileux) et donc potentiellement avoir une activité systémique (interagir avec les molécules de l’organisme et modifier le métabolisme naturel).


Elles peuvent par exemple entraîner la production de molécules oxydantes (résultants ou non d’un processus inflammatoire) ou alors interagir directement avec l’ADN dans le noyau des cellules, créant des mutations génétiques souvent irréversibles et pouvant aboutir à l’apparition de cancers.


Si mal connus et maîtrisés, les nanomatériaux peuvent s’avérer être dangereux pour la santé.



Quels sont les nanos que l'on peut retrouver dans nos produits cosmétiques ? 


Voici une petite liste non exhaustive des nanos les plus couramment utilisés par l'industrie cosmétique :

L’oxyde de zinc

Solide blanc, sans odeur utilisé en tant qu’agent de foisonnement (il réduit la densité apparente des produits cosmétiques) et absorbeur UV (on le retrouve beaucoup dans les crèmes solaires).


Image au MET de ZnO nano enrobé

Avis du SCCS : Ne pose pas de risque pour la santé humaine si son utilisation dans les produits cosmétiques est inférieure à 25% (avec des propriétés physico-chimiques que je ne détaille pas ici mais que vous trouverez dans le rapport complet).

Production estimée : entre 100 et 1000t annuelle tous secteurs confondus.


Le dioxyde de titane

Le TiO2 est également un solide blanc, sans odeur, utilisé dans les produits cosmétiques en tant que pigment pour ses propriétés opacifiantes et blanchissantes, mais aussi en tant qu’écran UV dans les crèmes solaires.

Les particules de TiO2 ont tendance à s’assembler sous forme d’agrégats de taille comprise entre 30 et 150 nm.

Leur production annuelle pour 2013 est comprise entre 10 000 et 100 000t tous secteurs confondus.

Le SCCS a conclu que son utilisation en tant qu’écran UV à une concentration de 25% dans les produits cosmétiques ne présentait a priori pas de risque pour la santé, sur peau saine mais aussi sur peau brûlée par le soleil (dont la fonction barrière est endommagée, laissant plus facilement le passage aux particules). Cette recommandation ne s’applique pas aux formulations sous forme de poudre ou de spray, qui peuvent conduire à une inhalation du produit (et donc potentiellement une inflammation pulmonaire).

Les propriétés physico-chimiques sont décrites dans le rapport du SCCS.


La silice

Le dioxyde de silicium est un minéral très dur, blanc qui peut être d’origine naturelle ou synthétique. Cette substance est très utilisée dans les produits cosmétiques en tant qu’agent abrasif (dans les gommages), absorbant (dans les poudres matifiantes), de foisonnement et en tant que contrôleur de la viscosité.

La silice à l’état de nanomatériaux est très répandue dans les produits cosmétiques, tellement répandue que la Commission Européenne a demandé au SCCS d’émettre une opinion sur leur toxicité.

Les particules de silice ont un haut potentiel de rupture des agglomérats qui peuvent ensuite traverser la barrière cutanée et avoir un effet systémique.

L'avis du SCCS est en attente à ce jour.


Le Carbon Black

Il fait partie des nanomatériaux les plus utilisés en France tous secteurs confondus (tonnage annuel supérieur à 100 000t) et extrêmement répandu dans les produits cosmétiques, en tant que pigment noir (il s’agit d’une poudre noire synthétique).

Il est composé de carbones élémentaires qui s’organisent sous forme de particules sphériques colloïdales (nodule).

A condition que sa pureté soit supérieure à 97%, il est considéré comme ne posant aucun risque pour la santé d’après le SCCS si sa concentration dans les produits cosmétiques n’excède pas 10%. 

En revanche, son potentiel d’irritation oculaire n’est pas exclu, or ce colorant est utilisé principalement dans les produits pour les yeux (mascara, eye liner, fard à paupière), mais ce point n’a pas été soulevé par le SCCS. Voir le rapport complet du SCCS.


Le MBBT

Sous sa forme nano, le MBBT (ou 2,2’-Methylene-bis-(6-(2H-benzotriazol-2-yl)-4-(1,1,3,3-
tetramethylbutyl)phenol de son nom barbare) est un liquide blanc, utilisé en cosmétique en tant qu’écran UV.

Les données sur la génotoxicité étant vacantes, le SCSS a été dans l’impossibilité de donner une opinion sur sa toxicité. Cependant, il ne semble pas que le MBBT entraîne des effets systémiques sur l'organisme après application cutanée. Voir le rapport complet du SCCS.



Comment savoir si le produit que j'achète contient des nanos ?


La réglementation oblige les industriels à mettre nano entre crochet ([nano]) devant le nom INCI de l'ingrédient à l'échelle nano.


Exemple en image :




Ce qui veut dire que si votre produit contient des nanomatériaux, le terme "nano" sera forcément écrit. Je reconnais qu'il faille avoir des bons yeux pour le lire (et aussi pour trouver la liste INCI, souvent cachée - référence à cet article), mais ça se fait :)



Pourquoi les nanos sont-ils arrivés dans les cosmétiques ?


Comme vous avez pu le voir dans la description des différents nanos, les plus répandus dans les produits cosmétiques, ont une fonction d’écran UV, c’est-à-dire qu’ils reflètent les UV arrivant sur la peau afin qu’ils n'entraînent pas de dommages sur l’organisme (les crèmes solaires, quoi).

Sauf qu’il y a quelques dizaine d’années (peut-être moins), les crèmes solaires étaient, certes très efficaces, mais pas très esthétiques. Le dioxyde de titane et l’oxyde de zinc non nano, sont très opaques et restent en surface sur la peau, les crèmes solaires étaient très blanches et opaques à leur tour.


En gros ça restait aussi blanc sur la peau que sur la photo

L’industrie cosmétique s’est rendue compte qu’en diminuant la taille des particules, celles-ci avaient toujours les mêmes fonctions anti-UV, mais qu’elles étaient quasi-transparentes en formulation. C’est là que les crèmes solaires transparentes à l’étalement ont vues le jour.

Bien sûr, aujourd'hui les innovations concernant les nanomatériaux vont au-delà de ça : on peut les utiliser en tant que vecteur pour véhiculer des molécules d’intérêt en cosmétique (anti-rides ou anti-cellulite par exemple). 

Si la technologie utilisant les nanomatériaux est bien maîtrisée, il est possible de développer des actifs très intéressants et novateurs pour l’industrie cosmétique. Le tout est de bien s’assurer de l’innocuité des ingrédients avant la mise sur le marché et malheureusement, les données sur les effets réels des nanos sont encore lacunaires (mais de nombreuses recherches sur leur toxicité sont en cours, heureusement).

A venir : un article détaillé sur les modes d’action des particules, leur caractérisation, leur fabrication et enfin les progrès à faire pour l’industrie.

A bientôt !

Chloé
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