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mercredi 19 novembre 2014

Parlons d'un sujet tabou : les nanomatériaux dans les produits cosmétiques

Mon mémoire de fin de Master portait sur un sujet d'actualité qui me tient fortement à cœur et qui me passionne : les nanomatériaux dans les produits cosmétiques (toxicité et réglementation principalement).

Je pense que quiconque travaille dans le milieu a déjà été confronté à la problématique des nanos. Car ils sont très présents dans les crèmes solaires en tant que filtres UV, dans les dentifrices (oxyde de zinc et dioxyde de titane) et dans le maquillage en tant que pigments principalement (carbon black, oxyde de fer).

En France, environ 92 000 tonnes de nanomatériaux produits et importés par an sont destinés aux produits cosmétiques (donnée issue du rapport suite au dispositif R-Nano). Avec une telle présence, il est naturel de se demander s'ils sont bien inoffensifs pour l'homme - d'où l'origine du débat.



Tout d'abord, qu'est-ce que qu'un nanomatériau ?


Les nanomatériaux sont des particules, fibres, sphères, etc., de composition variée qui possèdent au moins une dimension inférieure à 100 nm. Leur taille réduite et leur grande surface spécifique leur confèrent des propriétés différentes des mêmes molécules à l’échelle micro ou macro.


TiO2 nano en formulation, sous forme d'agrégats (Image prise au MET)



Quid de la réglementation ?


En Europe, l’utilisation des nanomatériaux en cosmétique est couverte par le Règlement des produits cosmétiques (CE) n°1223/2009.
La partie sur les nanos est plutôt aboutie, en comparaison aux réglementations d’autres secteurs (pharmaceutique, alimentaire, technologies…) qui sont quasi-inexistantes. Nous pouvons déjà nous estimer heureux !
Ce règlement donne la définition d’un nanomatériau, un dispositif pour la notification (sur un portail électronique – article à suivre), l’étiquetage (mettre nano entre crochets devant le nom INCI) et l’évaluation de la sécurité des produits cosmétiques contenant des nanomatériaux.


Que reproche-t-on à ces particules ?


Ces particules sont si petites qu’elles peuvent aisément traverser la barrière cutanée (par voie intra, intercellulaire ou via les follicules pileux) et donc potentiellement avoir une activité systémique (interagir avec les molécules de l’organisme et modifier le métabolisme naturel).


Elles peuvent par exemple entraîner la production de molécules oxydantes (résultants ou non d’un processus inflammatoire) ou alors interagir directement avec l’ADN dans le noyau des cellules, créant des mutations génétiques souvent irréversibles et pouvant aboutir à l’apparition de cancers.


Si mal connus et maîtrisés, les nanomatériaux peuvent s’avérer être dangereux pour la santé.



Quels sont les nanos que l'on peut retrouver dans nos produits cosmétiques ? 


Voici une petite liste non exhaustive des nanos les plus couramment utilisés par l'industrie cosmétique :

L’oxyde de zinc

Solide blanc, sans odeur utilisé en tant qu’agent de foisonnement (il réduit la densité apparente des produits cosmétiques) et absorbeur UV (on le retrouve beaucoup dans les crèmes solaires).


Image au MET de ZnO nano enrobé

Avis du SCCS : Ne pose pas de risque pour la santé humaine si son utilisation dans les produits cosmétiques est inférieure à 25% (avec des propriétés physico-chimiques que je ne détaille pas ici mais que vous trouverez dans le rapport complet).

Production estimée : entre 100 et 1000t annuelle tous secteurs confondus.


Le dioxyde de titane

Le TiO2 est également un solide blanc, sans odeur, utilisé dans les produits cosmétiques en tant que pigment pour ses propriétés opacifiantes et blanchissantes, mais aussi en tant qu’écran UV dans les crèmes solaires.

Les particules de TiO2 ont tendance à s’assembler sous forme d’agrégats de taille comprise entre 30 et 150 nm.

Leur production annuelle pour 2013 est comprise entre 10 000 et 100 000t tous secteurs confondus.

Le SCCS a conclu que son utilisation en tant qu’écran UV à une concentration de 25% dans les produits cosmétiques ne présentait a priori pas de risque pour la santé, sur peau saine mais aussi sur peau brûlée par le soleil (dont la fonction barrière est endommagée, laissant plus facilement le passage aux particules). Cette recommandation ne s’applique pas aux formulations sous forme de poudre ou de spray, qui peuvent conduire à une inhalation du produit (et donc potentiellement une inflammation pulmonaire).

Les propriétés physico-chimiques sont décrites dans le rapport du SCCS.


La silice

Le dioxyde de silicium est un minéral très dur, blanc qui peut être d’origine naturelle ou synthétique. Cette substance est très utilisée dans les produits cosmétiques en tant qu’agent abrasif (dans les gommages), absorbant (dans les poudres matifiantes), de foisonnement et en tant que contrôleur de la viscosité.

La silice à l’état de nanomatériaux est très répandue dans les produits cosmétiques, tellement répandue que la Commission Européenne a demandé au SCCS d’émettre une opinion sur leur toxicité.

Les particules de silice ont un haut potentiel de rupture des agglomérats qui peuvent ensuite traverser la barrière cutanée et avoir un effet systémique.

L'avis du SCCS est en attente à ce jour.


Le Carbon Black

Il fait partie des nanomatériaux les plus utilisés en France tous secteurs confondus (tonnage annuel supérieur à 100 000t) et extrêmement répandu dans les produits cosmétiques, en tant que pigment noir (il s’agit d’une poudre noire synthétique).

Il est composé de carbones élémentaires qui s’organisent sous forme de particules sphériques colloïdales (nodule).

A condition que sa pureté soit supérieure à 97%, il est considéré comme ne posant aucun risque pour la santé d’après le SCCS si sa concentration dans les produits cosmétiques n’excède pas 10%. 

En revanche, son potentiel d’irritation oculaire n’est pas exclu, or ce colorant est utilisé principalement dans les produits pour les yeux (mascara, eye liner, fard à paupière), mais ce point n’a pas été soulevé par le SCCS. Voir le rapport complet du SCCS.


Le MBBT

Sous sa forme nano, le MBBT (ou 2,2’-Methylene-bis-(6-(2H-benzotriazol-2-yl)-4-(1,1,3,3-
tetramethylbutyl)phenol de son nom barbare) est un liquide blanc, utilisé en cosmétique en tant qu’écran UV.

Les données sur la génotoxicité étant vacantes, le SCSS a été dans l’impossibilité de donner une opinion sur sa toxicité. Cependant, il ne semble pas que le MBBT entraîne des effets systémiques sur l'organisme après application cutanée. Voir le rapport complet du SCCS.



Comment savoir si le produit que j'achète contient des nanos ?


La réglementation oblige les industriels à mettre nano entre crochet ([nano]) devant le nom INCI de l'ingrédient à l'échelle nano.


Exemple en image :




Ce qui veut dire que si votre produit contient des nanomatériaux, le terme "nano" sera forcément écrit. Je reconnais qu'il faille avoir des bons yeux pour le lire (et aussi pour trouver la liste INCI, souvent cachée - référence à cet article), mais ça se fait :)



Pourquoi les nanos sont-ils arrivés dans les cosmétiques ?


Comme vous avez pu le voir dans la description des différents nanos, les plus répandus dans les produits cosmétiques, ont une fonction d’écran UV, c’est-à-dire qu’ils reflètent les UV arrivant sur la peau afin qu’ils n'entraînent pas de dommages sur l’organisme (les crèmes solaires, quoi).

Sauf qu’il y a quelques dizaine d’années (peut-être moins), les crèmes solaires étaient, certes très efficaces, mais pas très esthétiques. Le dioxyde de titane et l’oxyde de zinc non nano, sont très opaques et restent en surface sur la peau, les crèmes solaires étaient très blanches et opaques à leur tour.


En gros ça restait aussi blanc sur la peau que sur la photo

L’industrie cosmétique s’est rendue compte qu’en diminuant la taille des particules, celles-ci avaient toujours les mêmes fonctions anti-UV, mais qu’elles étaient quasi-transparentes en formulation. C’est là que les crèmes solaires transparentes à l’étalement ont vues le jour.

Bien sûr, aujourd'hui les innovations concernant les nanomatériaux vont au-delà de ça : on peut les utiliser en tant que vecteur pour véhiculer des molécules d’intérêt en cosmétique (anti-rides ou anti-cellulite par exemple). 

Si la technologie utilisant les nanomatériaux est bien maîtrisée, il est possible de développer des actifs très intéressants et novateurs pour l’industrie cosmétique. Le tout est de bien s’assurer de l’innocuité des ingrédients avant la mise sur le marché et malheureusement, les données sur les effets réels des nanos sont encore lacunaires (mais de nombreuses recherches sur leur toxicité sont en cours, heureusement).

A venir : un article détaillé sur les modes d’action des particules, leur caractérisation, leur fabrication et enfin les progrès à faire pour l’industrie.

A bientôt !

Chloé

lundi 11 avril 2011

Les filtres solaires

Le soleil revient, gare aux conséquences qui suivent son apparation ! Pour la peau, le soleil est à fois un ami et un ennemi. A dose raisonnable, il stimule le corps et l'âme. En excès, il entraîne le vieillissement prématuré de la peau (les rayons UVA entrainent la dégénérescence des fibres élastiques) et dans le pire des cas le développement de mélanomes, ces très graves cancers de la peau (je pense vous faire un petit topo sur le cancer dans un prochain article, parce qu'on a rarement conscience de sa gravité si on a pas quelques notions sur cette maladie).

Un Australien sur deux meurt d'un cancer de la peau (rien que ça). Le trou dans la couche d'ozone a pour conséquence une plus grande expositon aux UV dans cette partie du monde, mais ceci est bien représentatif des dégâts que peut causer un bain de soleil si la peau n'est pas bien préparée.





L'autoprotection de la peau

La peau, par nature, développe des mécanismes naturels de défense qui empêchent les rayons nocifs de pénétrer dans ses couches profondes et permettent d'obtenir un bronzage sain. Habituer progressivement sa peau au soleil dès le printemps peut être considéré comme un effet préventif bénéfique.

Pour se protéger du soleil, le corps fabrique une couche cornée à condition que les premières expositions ne soient pas brutales. Sur la peau, les UV déclenchent des réactions chimiques enzymatiques complexes qui entrainent la production de mélanine (pigment brun qui lui donne sa coloration). La rapidité de ce mécanisme varie en fonction du type de peau, il est plus long pour ceux qui ont la peau très blanche. Le seul moyen ultrarapide de défense de la peau contre la lumière est de produire de l'acide uronique, qui forme un film protecteur à la surface de la peau. Il est éliminé par les baignades fréquentes. S'il y a eu surexposition au soleil, les efforts de la peau seront vains et il y aura formation d'un coup de soleil.

Remarque : Les rayonnements sont aussi efficaces sous l'eau. A un mètre de profondeur, l'être humain reçoit encore 50% des rayons UVB et 80% des rayons UVA (les deux types de rayons induits par le soleil, les UVA étant ceux responsables des dommages irréversibles).

Non seulement le soleil rend la peau ridée et flasque (particulièrement après 40 ans), mais provoque la formation de taches de pigmentation sur le visage et le cou. Il accentue les grains de beauté et les angiomes et favorise leur multiplication. En ce qui concerne l'acné, il a tout d'abord un effet bénéfique suivi quelques semaines plus tard de nouvelles poussées importantes de boutons (parfait pour la rentrée n'est-ce pas ?).

Les filtres solaires

Retournons en Australie. Pour pallier au problème du cancer de la peau, des crèmes solaires sont distribuées gratuitement. Seulement, l'apparition des crèmes solaires a indirectement amplifier le problème puisque l'industrie avait trouvé un antidote aux inconditionnels du soleil : beaucoup se croyant en sécurité, le culte du bronzage augmenta encore. Cependant, l'innocuité des filtres solaires est de plus en plus interrogée.

Les nanoparticules

Ce sont des molécules dont la dimension est comprise entre 1 et 100 nanomètres. Même si les preuves tangibles manquent encore, ils sont suspectés d'être impliqués dans des phénomènes toxiques pour les tissus humains ou les cellules : augmentation du stress oxydatif, production de radicaux libres, mutation et altérations de l'ADN... On peut imaginer que plus les particules des nanomatériaux sont petites, moins elles peuvent être contrées par les barrières de la peau et plus elles peuvent s'installer dans l'organisme et provoquer des dommages. Ils peuvent être présents dans les crèmes solaires à base d'écrans minéraux.

S'exposer au soleil avec une protection solaire adaptée n'est pas un luxe, c'est un impératif de santé publique. Cela vaut pour tout le monde, et particulièrement pour les enfants que l'on ne devrait jamais exposer avant l'âge de 3 ans.

Les produits solaires tirent leur efficacité de deux types d'ingrédients : les filtres synthétiques et les écrans minéraux. Or tous deux font l'objet de débats concernant leur innocuité, quand ce n'est pas leur efficacité.

Les filtres synthétiques

Ceux-ci assurent la protection cutanée en absorbant les rayons UV. Ils sont suspectés d'agir en perturbateurs endocriniens et beaucoup ont un fort potentiel allergisants. Certains ont été interdit, mais d'autres, comme l'Octocrylène, dont la sécurité d'emploi est actuellement en cours de réévaluation du fait de ses nombreuses réactions allergiques liées à son utilisation, est pourtant encore très répandu.

De nombreux filtres synthétiques sont apparus récemment dans les crèmes solaires, et beaucoup n'ont pas encore été évalué. Leur utilisation est donc bien trop récente pour que l'on puisse avoir le recul nécessaire pour déterminer leurs potentiels effets indésirables.

Les écrans minéraux

Ils réfléchissent la lumière, formant ainsi une barrière protectrice. On en compte deux : l'oxyde de zinc et le dioxyde titane.

L'oxyde de zinc
Il semble sans danger pour la santé humaine, mais pas pour les organismes aquatiques : les crèmes solaires contenant des écrans minéraux mettent en danger les récifs de coraux du monde entier. Au Mexique, on a constaté une forte mortalité de tous les êtres vivants dans les bassins marins fermés de la presqu'île du Yucatan, très fréquentée par les vacanciers. 10 microlitres de crème solaire dans un litre d'eau de mer entraînent déjà une décoloration totale du corail en l'espace de 4 jours. Les écrans minéraux participent activement à la destruction d'écosystèmes. Dure époque...

Le dioxyde de titane

Il est classé dans les substances susceptibles d'être cancérogènes pour l'homme, mais le risque n'existe par inhalation de grandes quantités sous forme de poudre, et donc pas dans les concentrations utilisées dans les cosmétiques.

Le vrai risque associé à ces écrans minéraux réside dans leur réduction à la taille de nanoparticules, technique utilisée pour éviter le "film blanc" classique des solaires bio.

Néanmoins, certaines marques ce sont essayées à l'élaboration de crèmes solaires qui ne contiennent pas de nanoparticules... Et ont réussi. Mais il y en a très peu alors prudence !

Dermatherm - Baby sun SPF 50+ ou Pur Sun SPF 50+, Crème solaire très haute protection

Sa formulation :
On y retrouve les écrans minéraux précédemment cités (Zinc oxide et Titanium dioxide) en forte proportion pour atteindre un SPF élevé. Cette crème ne contient pas de conservateur grâce au procédé U.H.T (Ultra Haute Température), elle ne contient pas d'alcool et est hypoallergénique. Bien sûr, elle ne contient pas de nanoparticules. J'aime beaucoup ce produit et il a toute ma confiance.

Autres crèmes que vous pouvez utiliser :

Dermatherm - Crème solaire haute protection Visage et Corps, L'Occitane en provense - L'occitane do Brasil, Crème solaire Haute protection - SPF 30


J'espère que cet article vous éclairera, les crèmes solaires ne sont efficaces que deux heures alors veillez à renouveler l'application ! A bientôt !
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